Nouvelle série : In bed with Jérôme Bosch.

JB_FJPDécouvrez ce mois-ci une nouvelle série d’images qui va être montrée à Samba Résille. Il s’agit d’un projet en cours d’écriture depuis 2008, et réalisé depuis l’été 2013.

La proposition de ces photographies est de se glisser dans l’imaginaire de Jérôme Bosch, et d’inventer, faute de savoir, quelles auraient pu être les formes de son univers mental. Imaginaire érotique d’une part, et imaginaire corporel et hybridé d’autre part.
Car les corps chez Bosch prennent de nombreuses formes : multiples, lisses et jubilant dans le « Paradis », morcelés, hybridés, transpercés, squelettiques dans « l’Enfer », ils peuvent aussi apparaître très quotidiens voire communs, dans certaines scènes bibliques où le Christ et ses acolytes du « Portement de croix » arborent des trognes de tavernier flamand.
Attraction ou répulsion éternelles, on ne sait ce qui se joue dans ces corps. Leur épaisseur résiste, leur facture tantôt laquée tantôt caricaturale se refuse.
Puis, à force de regarder Bosch sans trouver de réponse, tout à coup, une évidence : c’est lui qui nous regarde.
Dans ce corps à corps initiatique, il nous tend indéfiniment le miroir peuplé de ses chimères : mendicité, supplices, hybridations, rêves, corps, animaux, religion, sexe, culture, violence, vie, mort… comme pour nous interroger inlassablement sur ce que nous y voyons.
Nos préoccupations sont-elles très différentes cinq cents ans plus tard ?
En le regardant droit dans l’image, c’est nous que nous voyons, notre monde et nos questions éternelles, avec un plaisir mêlé d’angoisse et de dégoût, dans le visage des monstres.
Suivons donc la piste des musées qui conservent ses œuvres comme source d’informations et lieu privilégié de rencontre avec ces images. Bruxelles, Madrid, le Prado, L’Escorial, Lisbonne, Porto… Bien sûr, la confrontation directe avec le format, les couleurs, les matières, les détails, un reliquat de perspective médiévale, une succession de plans verticaux, un assemblage de saynètes morcelées est irremplaçable.
Bosch super star du Prado : Bosch sur t-shirts, porte-clés, magnets, carnets, crayons, stickers… Ce merchandising débridé peut-il nous instruire sur Bosch ? Pourquoi pas. Même dans ce contexte muséal, tout est relatif concernant Bosch.
Quelques mètres plus loin, à la boutique, un contraste interpelle, et l’image la plus subtile côtoie son double plastifié, recadré, miniature, multiple, à emporter, à posséder faute de l’appréhender. Cette double exposition de l’oeuvre mise sur un piédestal dans une pièce et réduite à l’état de babiole dans un même lieu interpelle.
Un axe à la manière de Bosch, où le plus haut voisine le plus bas.
Depuis le phénomène culturel contemporain jusqu’au miroir intime de notre bestiaire secret, Bosch captive.
Nous ne pouvons que le regarder.

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